Des vêtements dépareillés, assis par terre, dans la rue, dans le métro, un chien à ses côtés, parlant seul, parlant à celui qui l’écoutera, parlant de toute façon, un clochard donc, ni plus, ni moins, on ne le remarquerait pas, on ne les remarque plus les clochards, les sdf, les exclus, les autres.
Péniblement pourtant, le Boudu avance sur le plateau, malhabile, se raccroche à un souvenir de table, une carcasse de chaise, s’emmêle dans le rire, le malaise, se raccroche à la curiosité, la honte. Et le Boudu parle, « je suis méchant, moi ».
Improbable méchant qui invente à son public des histoires pour faire peur aux enfants, des histoires qui cachent une solitude, un désarroi, une tristesse, une misère sociale. Improbable méchant qui s’adoucit au fur et à mesure d’une logorrhée verbale salutaire, d’expériences saugrenues, étranges, hilarantes, de l’évocation d’un poêlon parabole ou d’une ragoûtante recette de frichti, d’une lecture en roller d’un poème d’amour, d’acrobaties périlleuses, ratées si elles ne lui ont pas fait le mal dont il a besoin.
« L’ogre-clown, coincé dans sa petite vie qu’il nous fait découvrir peu à peu, chavire ses spectateurs, les touche au plus profond d’eux mêmes pour les marquer de l’indéniable subtilité de ses mots et de la fantastique puissance de ses gestes. Le rire s’éteint peu à peu, la lumière revient et chacun repart de son côté, emportant avec lui ces instants de magie. Ce n’est qu’après que la subtile profondeur du spectacle prend aux tripes et révèle sa portée. Ce qui faisait rire aux larmes acquiert lentement un autre sens. Son clown est seul, rongé par une terrible solitude dont il avoue souffrir. Une souffrance telle qu’elle en devient physique. Les souvenirs de ce clown tragique nous reviennent en mémoire. Parce que peu à peu se fait jour l’idée terrifiante que ce personnage n’est pas si imaginaire que cela. » Autrement dit – 14/12/01
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L’art du clown va bien au-delà de ce qu’on pense.
Il n’est ni tragique, ni comique ;
Il est le miroir comique de la tragédie
et le miroir tragique de la comédie.
Parle Boudu, parle !
Tu es méchant ? Pas plus que nous, qui rions de ta douleur. Bête étrange qui t’agite devant nous pendant ton heure sur la scène, tu fais bien partie de notre quotidien