Enter the ghost

Marie-José MALIS et sa compagnie La Llevantina, en résidence au Forum, ont convoqué le fantôme de Pier Paolo Pasolini dans la salle Barbara du Forum en novembre dernier. Enter the ghost, d’après contre la télévision de Pier Paolo Pasolini a suscité plusieurs réactions chez les spectateurs.

Intrigués par la forme, bousculés par le fond, les ressentis sur cette pièce ont été divers et nous souhaitons prolonger la réflexion.

Lire l’introduction à la rencontre sur Pasolini « Actualité de Pasolini, poète incivil » animée par Judith Balso, philosophe et écrivain.Lire l’article du Conseil général de la Seine-Saint-Denis sur la rencontre avec Marie-José Malis après la représentation du vendredi 16 novembre.

Vos réactions recueillies sur le livre d’or à la sortie du spectacle :

Merci pour cet objet de pensée…

Ecoutez l’émission de France Culture « Comme au théâtre » de Joëlle Gayot du lundi 3 décembre en présence de Marie-José Malis.

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5 commentaires pour “Enter the ghost”

  1. Jean-Marc Palacio dit :

    Génial Bravo !
    J’ai bien aimé la Callas !
    Sophocle Socrate Qui sont-ils ? Saint-François d’Assise
    J’ai pas bien compris où est le contre pouvoir à la télé.
    Bien le fond du décor en trompe l’œil.

  2. Serge Ricci dit :

    Merci pour Enter the Ghost pour les questions que cela soulève et pour la qualité du travail des comédiens.

  3. Yasmin Berber dit :

    Merci pour cet objet de pensée. Rare sont les pièces qui sont des objets de pensée de nos jours. En tout cas, aujourd’hui, avec ce spectacle je me souviens que le théâtre se doit d’amener une réflexion, les comédiens se doivent de porter des idées et de les défendre et surtout ils sont là pour transmettre et ramener / rappeler à l’ordre. Merci, merci pour l’image humble d’une troupe. Merci pour cette pièce – débat – conférence, pour cette réflexion collective. Le spectateur, la spectatrice que je suis a pu réfléchir chaque seconde avec vous et se questionner autant que vous. C’est le théâtre que je veux faire aussi, je m’en souviens ce soir. Continuez, c’est pour moi un acte humanitaire, oui, je vois bien que c’est ça, voilà. Je pense……..je crois, enfin.
    Enfin, enfin, ENFIN !

  4. Alain Cohen du TGP de Saint-Denis dit :

    Bravo pour l’originalité du texte. Citer Lacan est une performance.
    Longue durée à ce travail détonnant.

  5. Judith Balso dit :

    Je vous invite à aller voir « Enter the ghost », (d’après « Contre la télévision » de Pier Paolo PASOLINI) Mise en scène de Marie-José Malis
    Représentations au Forum de Blanc Mesnil du 15 au 17 novembre 2007 et à l’ECHANGEUR à Bagnolet du 22 novembre au 9 Décembre 2007
    (du jeudi au samedi à 20h 30, les dimanches à 17h 00)

    Je ne connaissais pas le travail de Marie-José Malis et de sa troupe. Mais « Enter the ghost » m’a frappée comme constituant une œuvre-manifeste, car elle met en jeu, à propos du théâtre lui-même, de son art, de sa fonction, ce que Pasolini disait dans les années 60 de la télévision : le théâtre à son tour est majoritairement devenu un théâtre-spectacle, un théâtre de consommation, je dirai plutôt de digestion. Cette mise en jeu ne se fait pas par dénonciation mais par un délicat changement de terrain, tout en finesse et subtilité : entre les acteurs et le public, une égalité est instaurée (retrouvée), vous êtes face à face, dans l’effort de construire ensemble une pensée.
    Naissance sous nos yeux d’un théâtre dédié à la pensée, où des ingrédients aussi disparates que la bande-son d’une émission de radio sur la croissance, la voix enregistrée de Lacan, des cartons comme dans le cinéma muet, des portes, ouvertes puis fermées, une hache, un marteau, et bien d’autres outils viennent disposer, ponctuer, un espace mental où nous sommes conviés à entrer, conduits par la compagnie souriante des acteurs.
    Il me semble que les années 70-90 ont été un véritable âge d’or du théâtre en France, succédant aux années Vilar, brisées net par la mort d’Antoine Vitez en 1990. Cet âge d’or a produit un renouvellement artistique, une libération, une invention, extraordinaires, à l’origine d’un renouvellement technique et machinique sans précédent : virtuosité du jeu des acteurs, liberté des décors, du son… Ce niveau technique persiste aujourd’hui, dans un théâtre la plupart du temps sans enjeu autre que le divertissement, le supplément d’âme, censé nous aider à digérer tout ce qui nous est imposé par ailleurs, et en particulier la fiction que nous sommes civilisés et supérieurs. Non seulement supérieurs à tous ces peuples du monde qui vivent dans la famine, le labeur de survivre et la douleur, mais supérieurs aussi à nos voisins directs, ouvriers sans papiers, familles populaires des banlieues, jeunes des cités, dont un jeune homme me faisait remarquer récemment que nous connaissons moins leur vie, ce qu’ils supportent et ce qu’ils en pensent, que la vie de nos semblables aux Etats-Unis. Ce théâtre reproduit les opinions, les pensées dominantes, qui sont aujourd’hui le contraire de toute pensée, opinions formatées, obligatoires – y compris l’alternance droite/gauche est obligatoire. Ce théâtre est devenu parfaitement inutile à qui cherche à penser où nous en sommes, à « faire le point » sur l’échelle du temps – grande fonction qu’Antoine Vitez attribuait au théâtre.
    Le travail de Marie José Malis et de sa troupe interrompt cette situation. Difficile de lui donner un nom : il ne s’agit pas d’une pièce à proprement parler, évidemment pas d’un spectacle, est-ce une représentation ? Je dirais plutôt la présentation d’un travail de pensée qui est d’abord celui des acteurs et de la mise en scène, travail de pensée qui est mis en forme sur le théâtre de manière à pouvoir être partagé. Son rythme,- ses accélérations, ses jubilations, ses épuisements, ses pauses, ses hésitations – est celui de la pensée au travail. A ce titre, il crée difficultés, malaises divers, mais aussi accueil enthousiaste, comme le mien. Le plus probable est qu’on tentera d’en circonscrire l’adresse, qui est pour tous, d’en empêcher la percée publique non pas en s’y opposant frontalement, non pas en ouvrant un conflit à son propos, mais en l’isolant sous les noms de « spectacle élitiste », « OVNI » incompréhensible, etc…
    Je me sens très attachée pour ma part à ce qu’il y ait débat et conflit à propos de ce magnifique travail et non absorption dénigrante. J’ouvre donc en mon nom un premier débat avec cette œuvre autour de trois points :
    - il existe un moment à mes yeux essentiel –d’ailleurs magnifiquement mis en scène et proféré –, c’est le moment où la méditation se porte sur le point que ce qui empêche au fond de penser et d’agir, c’est qu’on croit qu’il faut opposer à ce contre quoi on se lève « une chose de même poids ». Au contraire, il faut accepter la dissymétrie, le déséquilibre. Qui pense n’a rien sur le chemin inconnu où il s’engage. Au départ, « nous n’avons rien, ils ont tout »…
    - il est longuement exploré comment le maître, ou le Saint, occupent une place vide. Un maître n’est pas quelqu’un dont on répète la pensée, mais quelqu’un chez qui l’on peut puiser le courage du geste. Ce qu’il faut répéter, ce n’est pas un savoir, c’est la décision de lâcher les amarres, de s’aventurer dans l’inconnu. Tout temps nouveau est inconnu. Le réel qui est visé par la pensée n’est pas la réalité – la « raie alitée », selon le saisissant rébus qui s’inscrit un instant sur la scène.
    - Je contesterai une inflexion vers la seule vision d’une sainteté de Pasolini sur laquelle ce travail insiste – (vision redoublée évidemment de ce que son point de départ est la critique par Pasolini de la vulgarité qui est celle de la représentation de St François d’Assise dans le film de Cavani pour la télévision).
    - Je voudrais proposer de regarder aussi du côté de ce que Pasolini laisse comme point d’angoisse, point vide, qu’il s’agit de reconquérir dans des termes actuels, quant à la politique :
    . la défection de la catégorie de l’histoire et des classes comme catégorie de la politique ;
    . la fusion et confusion de la gauche et de la droite ;
    . la question de la soustraction à ce que Pasolini appelle le « nouveau fascisme » et qui est une capacité d’imposer à une échelle sans précédent la langue et les mots de l’Etat ;
    . la figure de l’engagement politique comme décision de principe, « pure conscience de soleil ». Toutes choses que trouvera dans l’œuvre de Pasolini poète quiconque ne se laissera pas détourner d’y aller voir. Oui, que ce fantôme nous visite ! Comme l’écrivait Philippe Lacoue-Labarthe en mots longuement pesés : « Pratiquement, il était juste ».
    Judith Balso – 17 novembre 2007

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