Ludo Pin « J’aime sortir des conventions »
Ludo Pin est en résidence au Blanc-Mesnil. Avec une touche de surréalisme dans ses textes et de l’engagement sous sa légèreté poétique.
«Etre musicien c’est aussi être militant.» Sous ses airs d’étudiant rêveur, Ludo Pin cache un passionné de musique convaincu que cet art constitue une ouverture indispensable. Et agit. Il débute sa résidence au Blanc-Mesnil synonyme de 75 heures d’action culturelle, s’occupe de sensibilisation musicale en milieu scolaire, s’apprête à sortir un album qu’il présentera sur la scène du Forum (*), dans le cadre du Festival de la voix. Ouvrir les écoutilles, les siennes et celles des autres, comme récemment lorsqu’il a donné un mini-concert pour un groupe d’habitants du quartier Eiffel. «J’aime confronter mon répertoire à des publics inattendus, sortir des conventions. Artistes et public se relâchent. J’espère qu’ils auront du coup envie de venir me voir au Forum.» A la maison du rugby, temple de la troisième mi-temps, il a plaqué quelques accords avant de palabrer sur son répertoire et ses chansons. «J’en ai découvert une autre facette», tel le ballon de rugby à l’improbable rebond. De ses chansons mêlées de hip-hop et d’électro, ils remarqueront les paroles, évoquant Prévert et Brel. Il y a référence moins flatteuse. Des textes à sens multiples, un regard sur la vie à 20 ou 30 ans, avec une touche de surréalisme. Ne pas forcément chercher à comprendre, juste se laisser déborder par les sonorités. Sorties du cerveau de Ludo qui ne peut imaginer musique et paroles que surgies du même tube. Tels les petits échantillons de peinture que l’artiste dispose et mêle sur sa palette. Impressionniste, le Ludo peintre ! Sa légèreté poétique est le maquillage qui cache son engagement. Peintures de guerre symboliques tracées sur ses joues saillantes pour relever le défi de la lutte. «Nous sommes confrontés aux majors qui raflent tous les labels indépendants. On risque de ne se retrouver qu’avec Star Ac’. Nos actions doivent ouvrir les œillères des jeunes et moins jeunes. Pour que les artistes aient encore le culot de prendre le risque de l’originalité», intervient Ludo Pin. Il a donc «accepté tout de suite», la proposition de résidence au Blanc-Mesnil. «Elle m’offre un cadre de travail pour préparer mes futurs concerts, auxquels j’aimerais donner plus d’envergure que par le passé», explique-t-il. Futurs concerts, mises en vie scéniques de son premier album dont la sortie est prévue au début du printemps. «Je serai à présent accompagné par un bassiste et un batteur (également adepte des claviers et des boîtes à rythmes), je vais aussi travailler les projections, les lumières et les décors», imagine Ludo. Comme le veut la tradition, cette résidence comprend des actions et des ateliers à destination des habitants du Blanc-Mesnil, ainsi qu’un travail avec différentes structures de la ville, ou avec Alban Richard, chorégraphe lui aussi en résidence. Le résultat sera visible salle Barbara en février. Qu’il connaît pour y avoir fait la première partie l’an passé de son comparse Ignatus. Ce décomplexeur de la chanson française a travaillé sur son album, teintant de quelques coups de pinceau les morceaux de Ludo. Ignatus devrait donc hanter, comme une ombre bienfaisante, la résidence de son protégé.
Stéphane Legras (mensuel n°107 janvier)
(*) avec Arlt en première partie, duo dont la voix de la chanteuse rappelle Barbara Carlotti pour des chansons intimistes.