Réflexion de spectateur après l’intervention de Frédéric Lordon
Cet article est un résumé de l’intervention de Frédéric Lordon, économiste, autour de son livre Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, organisée dans le cadre des « Ateliers du Forum » le 9 juin. Il a été rédigé par Saad Chakali, employé à la médiathèque Édouard Glissant.
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« Frédéric Lordon sait allier le ton incisif qui l’autorise à ferrailler contre les orthodoxies économiques, et l’analyse détaillée des mécanismes qui ont déterminé l’effondrement mondial du système financier dont les prémisses remontent au moins à 2007.
1/ Lordon subordonne son analyse sur ce qu’il nomme un « capitalisme de basse pression salariale » qui repose sur trois facteurs :
_ L’intensification du taux d’exploitation d’une part, une compression salariale corrélative entraînant la spirale de l’endettement d’autre part, et enfin la déréglementation internationale des marchés de capitaux concomitante d’un régime concurrentiel mondialisé. L’article 63 du Traité de Lisbonne signé par les 27 Etats membres de l’Union Européenne le 13 décembre 2007 insiste bien sur « la concurrence libre et non faussée » des capitaux, des biens et des services. Nous constatons aujourd’hui les conséquences sociales ruineuses d’un marché libre et sans entraves.
_ Ce régime d’accumulation a, depuis les années 80, entraîné la baisse de 10 points de PIB de la part revenant aux salaires dans la valeur ajoutée, (soir la coquette somme de 200 milliards d’euros), la stagnation de l’investissement productif, et la valeur général des encours boursiers supérieure à l’ensemble de la valeur produite par le travail subordonné par le capital.
_ La crise actuelle est, selon l’économiste, à la fois spécifique, générique, et singulière. Spécifique parce que, contrairement à l’éclatement de la bulle Internet en 2000-2002, elle concerne d’abord le marché immobilier puis s’est étendue à l’ensemble du secteur bancaire. Cette crise est générique parce qu’elle manifeste le caractère structurel d’un régime d’accumulation conduit à la crise systémique (depuis 20 ans, c’est en moyenne un crise de grande ampleur tous les deux ans). Enfin, cette crise est singulière puisque l’interconnexion mondiale du secteur bancaire et la relation étroite qu’il a noué avec le monde entrepreneurial peut, lors d’un risque systémique avéré, détruire tout le système financier et entraîner en conséquence la faillite de l’économie productive.




