Archive pour mai 2010

Deux déconstructions

Retour sur la soirée des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine St Denis par Guy Degeorges, spectateur assidu et rédacteur du blog Un soir ou un autre.

Je suis ici sur l’invitation du blog du Forum de Blanc-Mesnil. Ce lieu, j’aime y venir en avance pour y rester désoeuvré. Ici c’est ailleurs, d’ailleurs le lieu est excentré de la ville elle-même. Vu de trés loin se dresse comme un signal un ancien château d’eau, si haut qu’on ne peut le manquer, mais troué de fenêtres. Le théatre et la médiathèque dialoguent avec un bistrot et 2/3 commerces, l’ensemble encadre une grande esplanade, monumentale mais où l’on trouve sa place. Des jeunes y font ce que font habituellement les jeunes entre eux, en cette fin d’aprés midi nonchalante et encore caniculaire. Dans la médiathèque, une animatrice dévoile à mi-voix une expo. J’aime bien attendre ici, étranger, comme on attend un train dans une gare à ciel ouvert, pourquoi pas ici ne serait pas le centre du monde. Puis le théatre se peuple, nous rejoint un groupe scolaire, encore plus tard un car de parisiens curieux de cette soirée canadienne des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint Denis.

© Frédéric Péloquin

Dedans, Jean Sébastien Lourdais nous attend, inanimé. Puis nous surprend. Il se met en mouvement, mais pas de la manière que l’on attendrait d’un danseur, il va ailleurs (vers?). De ses membres dessine des angles bizarres, rebondit comme une gomme, fait oublier les enchaînements naturels, dysfonctionné. Nous récite de son corps un poème élastique. Il progresse sur la scène comme on ferait défiler un film à l’envers, et jamais à la « bonne vitesse ». L’audace de sa démarche m’évoque Sofia Fitas, avec des techniques et résultats très différents. Confronté à cela le public parait très concentré, même les scolaires se font oublier. Pourquoi parfois se fait ainsi le silence, si parfait? Le hasard fait que je suis moi même très fatigué, donc sans doute perméable à ce qui m’est présenté. Les lumières flottent. la musique se répète en nappes et boucles, laisse d’autres pensées s’insinuer. Une ombre blanche apparaît en écho sur le rideau. Les gestes s’accumulent à contre courant. Le danseur est inverse, comme étranger à lui-même. Regard déporté, sa danse décivilisée, l’on dirait réinventée d’un point zéro, les inventions d’un mime originel. Il agit sur l’espace autour de lui. Quand cet espace se distend, je pense à Moebius. Les humeurs changent, s’invitent des impressions de hip-hop, de cette longue et étonnante déconstruction, l’humour n’est pas absent.

© Omer Yukseker

Lors de la seconde proposition, d’Ame Henderson, les surprises sont de tout autre nature. Nous sommes tous poliment mais fermement dirigés sur le plateau, à l’embarras de beaucoup. Je m’y ose en premier, d’autres restent un temps au bord, font embouteillage. Tout spectateur projeté sur une scène tendrait-il à s’éloigner de son centre? Pas grand chose à y voir en premier lieu: des objets sur une table, de supposés appareils, des tasses et verres. Puis parmi nous se révèlent des danseurs habillés en vrais gens. Comment les reconnaître ? A leurs gestes lents, à leurs yeux fermés? Rêvent-ils? Quand vient donc l’instant où ceux ci dansent vraiment? Le phénomène est contagieux, d’autres supposés innocents spectateurs se transforment plus tard en danseurs. Tous convergent au centre de la scène, autour de la table, et nous faisons cercle autour d’eux, comme quoi tôt ou tard tout finit par rentrer dans l’ordre. Nous sommes d’ailleurs bientôt invité à retourner nous assoir dans la salle. La suite nous est livrée en kit: une danse pauvre mais humble, qui me semble autogérée. Si on en a l’énergie, on peut penser ce qu’il font comme la naissance et l’évolution d’un système. Les danseurs s’observent les uns les autres, autour de la table leur mutisme détonne. ils nous interpellent pour nous mettre en garde contre de mystérieux dangers. Le groupe semble en mutation, vers le « bouger ensemble », encore très approximatif. Avec, au moins, un grand sens du collectif : ils se mettent à huit pour tenir un appareil et nous photographier. Le concept est flou, ne reste qu’à le définir nous même. Ou sinon s’ennuyer ferme, jusqu’à la fin je reste sur ma faim.

Guy

Les petites formes sortent le grand jeu

Toute l’année, la programmation du Forum s’aventure hors-les-murs et s’échappe des salles obscures pour investir la ville et ses alentours, des lieux publics aux appartements de particuliers.

Un concert dans votre restaurant préféré, un spectacle dans le potager de votre voisin, un duo de danse dans le parc d’à côté…autant de petites formes artistiques, conviviales et spontanées, à découvrir jusqu’à la fin du mois de juin !

Retrouvez toutes les informations et dates à venir dans notre plaquette .

Mini-concert de Katel – crédits photos Nata Gatto

Les enfants perdus & We are l’Europe

Du 27 au 29 mai, le Forum accueille deux spectacles énergiques et engagés, si ce n’est enragés. Deux témoignages forts sur notre société, à découvrir notamment à la suite les 28 et 29 mai, dans le cadre du forfait « 1 soirée 2 spectacles ».

Les enfants perdus retracent la naissance du hip-hop sous la plume virtuose du slameur, metteur en scène et rappeur D’ de Kabal. Accompagné de ses compères danseurs et deejay,  dont le chorégraphe Farid Berki, il propose un spectacle hybride (texte, danse et musique) tel un hommage à la culture hip-hop originelle, du bitume à la scène, loin des clichés bling-bling véhiculés par les médias.

Autour du spectacle : dîner spectacle le 29 mai à partir de 19h et comité de spectateurs le 7 juin à 19h

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Avec We are l’Europe de Jean-Charles Massera, le metteur en scène Benoît Lambert poursuit sa critique burlesque de la société actuelle, déjà entamée aux côtés de l’auteur avec la pièce courte We are la France. Ici, on suit avec drôlerie et justesse le parcours de sept super-héros bien décidés à sauver le monde.

Autour du spectacle : We are la France le 12 mai à 18h30 en entrée libre, répétition publique le 27 mai à 14h30, dîner spectacle le 29 mai à 19h et comité de spectateurs le 7 juin à 19h

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images Audrey Meyer