Deux déconstructions

Retour sur la soirée des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine St Denis par Guy Degeorges, spectateur assidu et rédacteur du blog Un soir ou un autre.

Je suis ici sur l’invitation du blog du Forum de Blanc-Mesnil. Ce lieu, j’aime y venir en avance pour y rester désoeuvré. Ici c’est ailleurs, d’ailleurs le lieu est excentré de la ville elle-même. Vu de trés loin se dresse comme un signal un ancien château d’eau, si haut qu’on ne peut le manquer, mais troué de fenêtres. Le théatre et la médiathèque dialoguent avec un bistrot et 2/3 commerces, l’ensemble encadre une grande esplanade, monumentale mais où l’on trouve sa place. Des jeunes y font ce que font habituellement les jeunes entre eux, en cette fin d’aprés midi nonchalante et encore caniculaire. Dans la médiathèque, une animatrice dévoile à mi-voix une expo. J’aime bien attendre ici, étranger, comme on attend un train dans une gare à ciel ouvert, pourquoi pas ici ne serait pas le centre du monde. Puis le théatre se peuple, nous rejoint un groupe scolaire, encore plus tard un car de parisiens curieux de cette soirée canadienne des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint Denis.

© Frédéric Péloquin

Dedans, Jean Sébastien Lourdais nous attend, inanimé. Puis nous surprend. Il se met en mouvement, mais pas de la manière que l’on attendrait d’un danseur, il va ailleurs (vers?). De ses membres dessine des angles bizarres, rebondit comme une gomme, fait oublier les enchaînements naturels, dysfonctionné. Nous récite de son corps un poème élastique. Il progresse sur la scène comme on ferait défiler un film à l’envers, et jamais à la « bonne vitesse ». L’audace de sa démarche m’évoque Sofia Fitas, avec des techniques et résultats très différents. Confronté à cela le public parait très concentré, même les scolaires se font oublier. Pourquoi parfois se fait ainsi le silence, si parfait? Le hasard fait que je suis moi même très fatigué, donc sans doute perméable à ce qui m’est présenté. Les lumières flottent. la musique se répète en nappes et boucles, laisse d’autres pensées s’insinuer. Une ombre blanche apparaît en écho sur le rideau. Les gestes s’accumulent à contre courant. Le danseur est inverse, comme étranger à lui-même. Regard déporté, sa danse décivilisée, l’on dirait réinventée d’un point zéro, les inventions d’un mime originel. Il agit sur l’espace autour de lui. Quand cet espace se distend, je pense à Moebius. Les humeurs changent, s’invitent des impressions de hip-hop, de cette longue et étonnante déconstruction, l’humour n’est pas absent.

© Omer Yukseker

Lors de la seconde proposition, d’Ame Henderson, les surprises sont de tout autre nature. Nous sommes tous poliment mais fermement dirigés sur le plateau, à l’embarras de beaucoup. Je m’y ose en premier, d’autres restent un temps au bord, font embouteillage. Tout spectateur projeté sur une scène tendrait-il à s’éloigner de son centre? Pas grand chose à y voir en premier lieu: des objets sur une table, de supposés appareils, des tasses et verres. Puis parmi nous se révèlent des danseurs habillés en vrais gens. Comment les reconnaître ? A leurs gestes lents, à leurs yeux fermés? Rêvent-ils? Quand vient donc l’instant où ceux ci dansent vraiment? Le phénomène est contagieux, d’autres supposés innocents spectateurs se transforment plus tard en danseurs. Tous convergent au centre de la scène, autour de la table, et nous faisons cercle autour d’eux, comme quoi tôt ou tard tout finit par rentrer dans l’ordre. Nous sommes d’ailleurs bientôt invité à retourner nous assoir dans la salle. La suite nous est livrée en kit: une danse pauvre mais humble, qui me semble autogérée. Si on en a l’énergie, on peut penser ce qu’il font comme la naissance et l’évolution d’un système. Les danseurs s’observent les uns les autres, autour de la table leur mutisme détonne. ils nous interpellent pour nous mettre en garde contre de mystérieux dangers. Le groupe semble en mutation, vers le « bouger ensemble », encore très approximatif. Avec, au moins, un grand sens du collectif : ils se mettent à huit pour tenir un appareil et nous photographier. Le concept est flou, ne reste qu’à le définir nous même. Ou sinon s’ennuyer ferme, jusqu’à la fin je reste sur ma faim.

Guy

Les petites formes sortent le grand jeu

Toute l’année, la programmation du Forum s’aventure hors-les-murs et s’échappe des salles obscures pour investir la ville et ses alentours, des lieux publics aux appartements de particuliers.

Un concert dans votre restaurant préféré, un spectacle dans le potager de votre voisin, un duo de danse dans le parc d’à côté…autant de petites formes artistiques, conviviales et spontanées, à découvrir jusqu’à la fin du mois de juin !

Retrouvez toutes les informations et dates à venir dans notre plaquette .

Mini-concert de Katel – crédits photos Nata Gatto

Les enfants perdus & We are l’Europe

Du 27 au 29 mai, le Forum accueille deux spectacles énergiques et engagés, si ce n’est enragés. Deux témoignages forts sur notre société, à découvrir notamment à la suite les 28 et 29 mai, dans le cadre du forfait « 1 soirée 2 spectacles ».

Les enfants perdus retracent la naissance du hip-hop sous la plume virtuose du slameur, metteur en scène et rappeur D’ de Kabal. Accompagné de ses compères danseurs et deejay,  dont le chorégraphe Farid Berki, il propose un spectacle hybride (texte, danse et musique) tel un hommage à la culture hip-hop originelle, du bitume à la scène, loin des clichés bling-bling véhiculés par les médias.

Autour du spectacle : dîner spectacle le 29 mai à partir de 19h et comité de spectateurs le 7 juin à 19h

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Avec We are l’Europe de Jean-Charles Massera, le metteur en scène Benoît Lambert poursuit sa critique burlesque de la société actuelle, déjà entamée aux côtés de l’auteur avec la pièce courte We are la France. Ici, on suit avec drôlerie et justesse le parcours de sept super-héros bien décidés à sauver le monde.

Autour du spectacle : We are la France le 12 mai à 18h30 en entrée libre, répétition publique le 27 mai à 14h30, dîner spectacle le 29 mai à 19h et comité de spectateurs le 7 juin à 19h

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images Audrey Meyer

Mobilisation du 6 mai 2010

Soyons nombreux à nous mobiliser le 6 mai.

Le 6 mai, une nouvelle journée d’actions est organisée par tous les professionnels de la culture, de l’art, et au delà.

Nous devons être très nombreux à nous mobiliser ce jour là, car il en va de l’avenir même des activités artistiques et culturelles, notamment de la création.

En effet, les convictions profondes qui animent le gouvernement actuel sont radicalement hostiles à la culture et à l’art tels qu’ils se sont développés dans ce pays. L’idéologie libérale  ne considère les activités humaines qu’à l’aune du profit qu’elles peuvent générer. Pour elle, la culture se résume à l’industrie culturelle et du divertissement, éventuellement susceptible de générer des bénéfices conséquents.

Les activités obligatoirement artisanales du spectacle vivant n’entrent même pas dans son champ de visibilité. Plus largement d’ailleurs, la création en général, quels qu’en soient le support et la discipline, est étrangère à ce libéralisme brutal. Il ne s’agit même plus de préserver des zones de recherche ou d’expérimentation. La voracité du profit est telle qu’il exige immédiatement sa satisfaction. Et les nombreux technocrates et évaluateurs de tout poil de fourbir des instruments d’analyse pour évaluer de façon quantitative ce qui relève de ces activités. Ce qui est potentiellement rentable sera livré au marché, ce qui ne l’est pas boira la potion amère de la RGPP (on en est à la RGPP 2). Donc sera condamné au rabougrissement, à la disparition.

Un certain nombre de mécanismes existent, qui ont permis à la création de continuer à être possible, et à rencontrer des citoyens, au-delà des publics déjà sociologiquement plus ou moins formés : en vrac, et sans être exhaustif , prix unique du livre,  fonds de soutien à la production et à la diffusion cinématographique, régime spécifique d’indemnisation pour les professionnels dits « intermittents du spectacle », financement public de la culture par une intervention conséquente de l’Etat et des accords croisés avec les collectivités territoriales, qui a favorisé le développement sur tout le territoire d’établissements publics de différents statuts pour la création et la diffusion du théâtre, de la danse, de la musique, etc.

Le gouvernement est en train de démanteler tous ces dispositifs, et notamment, à très court terme, les financements croisés et le régime de l’intermittence.

Ceci veut tout simplement dire la disparition de la culture de l’horizon de la majorité de nos concitoyens, et la disparition de l’art et de la création, pour tout le monde.

Il ne s’agit pas là de crier au loup avant qu’il sorte du bois : ça y est, il est sorti, il est là.

Nous pouvons encore contenir son avancée, contrarier ses plans. A condition d’être nombreux, unis et déterminés.

C’est la raison pour laquelle nous vous invitons à être présents à cette journée du 6 mai, que vous soyez professionnels, amateurs, publics déjà acquis, ou citoyen simplement attaché à l’égalité républicaine dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la création.

La culture n’est pas un privilège, c’est un droit !

Rendez-vous le 6 mai à 14h30, devant le cirque d’Hiver.

Le Forum

Lire l’appel du Syndéac et le détail des actions du 6 mai .

Ca bûche pour les ruches

Au printemps, la Banque du miel ne chôme pas : le retour des beaux jours se conjugue à celui des abeilles dans les jardins blanc-mesnilois, toutes pimpantes et prêtes à butiner la ville. Pour les accueillir, il faut des ruches, toujours plus de ruches, des grandes bien calées au fond du jardin aux plus petites posées sur des balcons…

Pas d’inquiétude, chaque abeille cet été trouvera ruche à son pied, grâce à un projet mené avec le lycée professionnel Aristide Briand de Blanc-Mesnil. Plusieurs classes des formations chaudronnerie, métallurgie et serrurerie travaillent sur la conception et la construction de dispositifs pouvant accueillir les abeilles, encadrées par leurs enseignants Alain Puel et Mehdi Ressam et suivies par Pierre Gardent Lisle, régisseur du Parti Poétique.

Après la mise en place d’un cahier des charges référençant les contraintes et nécessités de la construction, les élèves ont élaboré différentes propositions de dispositifs en travaillant sur des plans en 3D. Un prototype a été retenu et réalisé, à l’échelle 1/3, tout en tôle. Une fois ce prototype validé par  Olivier Darné, fondateur du Parti Poétique, les lycéens pourront attaquer la phase de fabrication, avec découpe et pliage des pièces.

L’ensemble rucher final sera présenté au public à l’occasion de la présentation de saison 2010/11 le 30 juin prochain.

Voir l’article sur le blog de la Banque du miel.


Méli-mélo pour Pinocchio

Dernier volet de la trilogie jeune public dédiée au plus célèbre pantin en bois, Sous les yeux de Pinocchio est un retour aux sources même de la légende. Le spectacle nous transporte à Castello en Toscane, sur les traces de Carlo Collodi. Originaire de la même ville que l’auteur, Alessandro Libertini met en scène à l’aide de supports vidéos la genèse de l’histoire de Pinocchio et les rapports qu’entretient l’auteur avec son personnage.

© Dario Lasagni

L’exercice n’est pas simple : créer du jeu entre la scène et les images projetées, établir un lien entre fiction et réalité, entre le mythe et l’histoire avérée. Une partie de cache-cache dans laquelle certains petits et grands enfants se sont perdus en cours de route, à en croire les commentaires mitigés des spectateurs.

« C’est lassant de voir qu’une seule personne sur scène »

« La magie n’a pas emporté tous les élèves »

« Une oeuvre d’une grande puissance poétique »

Toutes les impressions à découvrir ici.

Festival Re-créations

Pour sa 4e édition, le festival Re-créations récidive au Forum ! L’objet du délit est insolite et déjanté  : quelques marionnettes tapies en embuscade deci-delà, des acrobaties clownesques manigancées sous chapiteau,  des jeux et des ateliers pour un amusement prémédité, une flopée de crêpes à déguster à la volée et autres manifestations de convivialité sur la place publique le samedi 10 avril à partir de 15h.

Le détail du déroulement de la journée est à découvrir ici.

Plus d’infos en images :

images Audrey Meyer

Retour sur la journée festival en images :

images Diane Claisse

Sortie de salles

Deux pièces, deux propositions, deux univers se sont croisés pendant dix jours entre les murs du Forum. De l’Algérie à l’Italie, d’une salle à une autre, les spectateurs ont embarqué à bord de Bleu Blanc Vert et/ou de Nature morte dans un fossé pour une traversée théâtrale d’un soir. Vent favorable ou non, les commentaires sont allés bon train à la fin des spectacles.

« Merci pour votre témoignage et votre courage. RESTEZ DEBOUT. »

« Très belle interprétation. Beaucoup de maghrébins se reconnaîtront en Lila. »

« Vous m’avez fait voyager. Des années que je n’ai pas vécues mais je les ai ressenties. »

Toutes les impressions sur Bleu Blanc Vert

« Ecriture logique, vivante, dramatiquement drôle »

« Mieux vaut un bon polar au Forum qu’un polar la télé ! »

« Superbe mise en scène et très beau travail à tous »

Toutes les impressions sur Nature morte dans un fossé

EN + : les commentaires de lycéens ayant suivi pendant une semaine le travail du collectif D.R.A.O. par et des retours spontanés de spectateurs par ici.

Butinons Blanc-Mesnil !

Depuis son arrivée en résidence au Forum, la Banque du miel développe un projet créatif et citoyen au travers d’actions diverses, de l’installation de ruches dans le jardin de particuliers jusqu’à la découverte des zones de butinage de Blanc-Mesnil, en passant par une sensibilisation des plus jeunes à la sauvegarde de la faune et la flore en milieu citadin.

En ce samedi 27 février, sous un soleil printanier et d’un pas décidé, un petit groupe de sociétaires se lance à la poursuite des abeilles et sur les traces de l’histoire de Blanc-Mesnil, guidé par le Parti poétique, initiateur du projet, Françoise Vasseur, responsable du patrimoine, et Jean Verrechia, un apiculteur local.

Une promenade urbaine  qui, du sommet du château d’eau à la maison de l’ancien maire Edouard Renault, réserve bien des surprises !

Lire l’article du Journal de Blanc-Mesnil du 5 mars 2010

Lire l’article sur le blog de la Banque du miel

images Audrey Meyer

Retrouvez la Banque du miel au Forum le samedi 10 avril à l’occasion du festival Re-créations.

Appel à la mobilisation

L’art et la culture sont en danger en France : réagissons et mobilisons-nous !

Rendez-vous le 29 mars à Paris pour une grande manifestation (départ Palais Royal à 14h30).

A lire :

le communiqué du collectif Quatre vingt treize

l’appel à manifester du collectif Quatre vingt treize

le communiqué du Syndéac

l’appel de la Culture en danger

la pétition « Impossible absence » lancée par la revue Cassandre